Compte-rendu réunion publique du 25 février

« ETRE FIERS DE NOTRE RETARD D’AVANCE »…

« Comment construire dans le temps une politique d’accueil pour Guéret et le territoire de l’agglomération ?» Plus de cent personnes étaient présentes à la réunion organisée par Guéret 2020 autour du thème de l’accueil et l’attractivité des territoires.

Eric Correia et Delphine Bonnin  ont rappelé les propositions de la liste sur ce sujet précis et ont souhaité inscrire cette thématique dans le temps long, à travers l’organisation d’une biennale.

Instaurer une biennale de l’accueil, à l’échelle de l’agglomération, cela revient à attirer de potentiels nouveaux arrivants et à rassembler autour d’eux les acteurs et structures susceptibles de les inciter à s’installer.

Autre proposition phare parmi toutes celles concernant l’attractivité du territoire, la liste Guéret 2020 envisage d’accueillir tout porteur de projet par le biais d’un référent unique en vue de faciliter ses démarches. Ainsi pourraient être proposés : un logement temporaire dans l’attente d’une implantation définitive, des packs de bienvenue présentant les richesses du territoire, une entrée unique vers les acteurs locaux, les services ou les associations. Cette forme de « guichet unique » permettra d’accélérer, de favoriser, l’implantation de personnes sur le territoire, qu’il s’agisse de particuliers ou d’entrepreneurs…

L’attractivité économique doit être notre priorité. Le soutien aux entreprises, l’accueil et l’accompagnement des porteurs de projet, seront des engagements constants.

Eric CORREIA a, à ce titre, rappelé le nombre d’emplois créés depuis 2014 : près de deux cents au total rien que sur trois entreprises implantées sur l’agglo : 173 à NOZ à ce jour, 10 à Carcidiag, 12 à CentreLab qui est en plein développement…

Nous nous appuierons sur le volet de la formation continue qui complètera notre offre – notamment universitaire – et proposerons la création de nouvelles filières en lien avec les attentes des Creusois (vieillissement, aide à la personne, santé…). Le très haut débit et son développement ont également fait l’objet d’un traitement particulier et ils sont une ambition de Guéret 2020 tout autant qu’une « obligation pour la ville et l’Agglo ».

Jean Yves Pineau, ancien Directeur de l’association Ville-Campagne et Directeur des Localos, spécialiste des questions d’accueil et auteur de nombreux témoignages universitaires en ce sens, est ensuite intervenu pour préciser le désir des français de vivre à la campagne. Dès son préambule, en effet, il a tenu à rappeler qu’afin de réussir ce « basculement [de la ville vers la campagne], il s’agit désormais de bien questionner les dynamiques de développement, d’identifier ce que l’on a à offrir. L’intervenant insistait sur le fait que l’idée d’accueil impliquait de parler aux gens, de faire montre d’une volonté d’organiser le territoire, de « faire territoire ».

Depuis plusieurs décennies, face à l’idée répandue et que l’on nous « vend » régulièrement, de grandes villes heureuses, de ville émancipatrice, est apparu un désir de ruralité, une volonté de renouer le lien avec la nature, de produire et de consommer autrement.

L’accueil peut ainsi correspondre à « ce pas de côté » qui nous permet de reprendre en main la conduite de nos vies, de notre environnement et de préciser comment nous voulons vivre dans nos espaces ruraux.

Nous entrons dans une période qui sera celle de la transition, transition écologique notamment, comme une promesse d’autres formes d’organisation et de production de richesse, une fois encore, ce qui donne toute leur force aux aires rurales. La démocratie participative et inclusive prend également tout son sens dans ce type de projet, l’exemple était donné de la ville de Kingersheim dans le Haut-Rhin qui est un véritable « laboratoire de la démocratie » et dont, faut-il le souligner, la population correspond en nombre d’habitants à celle de la ville de Guéret.

Le pays de Coutances, en Normandie est également mentionné : les élus y ont été accompagnés sur les forces de leur territoire afin qu’ils se forgent leur propre analyse et prennent les dispositions adéquates à une meilleure attractivité. C’est là un élément essentiel aux yeux de l’orateur : il s’agit de former et d’informer les élus, ce qui rejoint d’ailleurs l’une des propositions faites sur le programme de Guéret 2020 avec l’idée d’un « think tank » local permettant précisément d’être l’aiguillon intellectuel nécessaire à cette prise de conscience salutaire.

Jean Yves Pineau a ensuite souligné l’importance pour les territoires fragiles d’accueillir de nouvelles populations afin d’éviter que l’espace se délite et « décroche ». A travers des exemples concrets, il a montré qu’accueillir est tout à fait possible dès lors qu’on travaille ensemble, que l’on montre cette capacité à construire un projet global en caractérisant tout d’abord nos propres facteurs d’attractivité, en activant ce que l’on nomme les « éléments déclencheurs », les atouts qualitatifs. La qualité de vie, l’accès au logement, le coût du logement, la culture, l’éducation, sont par exemple des éléments clefs en la matière. Avant même l’emploi, selon lui.

Il ne faut surtout pas hésiter à dire qui nous sommes, en parlant d’identité, en rappelant notre histoire et là où l’on veut aller.

A partir de là, on peut engager un cercle vertueux et inverser la tendance actuelle. C’est une certitude.

Dans un monde qui s’est transformé, où les mutations ont été nombreuses avec l’avènement du secteur tertiaire, Jean-Yves Pineau a montré que les territoires qui s’en sortent sont ceux qui ont maintenu leurs services, une offre de soins et qui ont su faire « bouger leur image », en n’hésitant pas à conclure des partenariats, des coopérations avec d’autre territoires. Rester isolé n’a aucun sens, il faut toujours s’ouvrir et rester au fait des développements qui prennent cours ailleurs, sur des secteurs géographiques comparables.

Il a fait référence à Laurent Davezies, titulaire de la Chaire Economie et Développement au CNAM, qui analyse depuis des décennies la volonté de l’Etat de maintenir l’égalité des territoires dans une tradition républicaine avec l’aide de transferts financiers très coûteux (dotations d’Etat, etc.). C’est une « équité territoriale » un peu abstraite, une « discrimination positive » qui ne porte pas de fruits. La fracture territoriale, en trente ans, est plutôt venue creuser la fracture sociale qu’autre chose. L’ère des territoires périphériques fondés sur la consommation est révolue, mais le chemin est long vers une France territorialement équitable.

Il semble toutefois que la crise économique, la faible croissance modifient la donne avec, en toile de fond, l’accélération de la métropolisation qui attire beaucoup de personnes vers les grandes aires urbaines mais crée des zones de déprise, des territoires en déshérence. Le défi qui est posé relève d’un choix : va-t-on enfin favoriser les solidarités humaines plutôt que les solidarités de territoire ?

En conclusion, l’intervenant donnait un conseil, celui de se garder de vouloir ressembler aux grandes villes et de conserver son identité en nous inscrivant dans une transition écologique réfléchie, dans cette idée que les espaces ruraux  peuvent dessiner un « autre monde », un futur.

Pour cela, et l’on y revient toujours, l’Etat et les Régions devront accompagner les plus fragiles par des mécanismes de solidarité, des soutiens.

Il y a là un message d’espoir qui ne peut se construire que par des formes de gouvernance associant les citoyens, pour bâtir un projet politique global. Toutes ces dimensions ont été prises en compte dans le projet politique de Guéret 2020.

Dernière touche humoristique, Jean-Yves Pineau déclarait qu’il fallait « être fiers de notre retard d’avance »…